La différence devis facture paraît évidente jusqu'au premier chantier. Le client a signé votre devis, les travaux sont finis, il vous demande « on règle sur le devis ? ». Vous hésitez. Faut-il refaire un document ? Avec quel numéro ? Et l'acompte encaissé il y a trois semaines, il fallait une facture aussi ? Oui, et voici pourquoi, avec ce que chaque document doit contenir et comment passer proprement de l'un à l'autre.

Le devis est une proposition de prix établie avant les travaux ; signé par le client, il devient un contrat. La facture est la demande de paiement émise après l'exécution ou à chaque étape prévue ; elle déclenche l'encaissement et vos obligations fiscales. Un devis signé ne remplace jamais une facture, même pour un acompte.

Quelle est la différence devis facture pour un artisan ?

Devis Facture
Quand Avant les travaux Après l'exécution, ou à chaque étape prévue (acompte, situation, solde)
Rôle Proposer un prix et un périmètre ; engage le professionnel dès l'émission Demander le paiement ; pièce comptable et fiscale
Valeur Devient un contrat quand le client le signe « bon pour accord » Constate une créance exigible
Obligation Obligatoire dès le premier euro pour les travaux à domicile (dépannage, réparation, entretien) et au-delà de 1 500 € pour toute prestation Obligatoire pour toute vente ou prestation entre professionnels ; note obligatoire au-delà de 25 € TTC pour un particulier
Numérotation Libre, mais une référence unique est indispensable Numéro unique, séquence chronologique continue, sans rupture
Modifiable Oui, jusqu'à la signature ; ensuite par avenant Non : une facture émise ne se modifie pas, elle s'annule par un avoir
Conservation 5 ans en pratique (durée de la garantie de la mention TVA réduite) 10 ans

Sources : Entreprendre.Service-Public (F31144, F31808, F23208), DGCCRF, economie.gouv.

En résumé : le devis protège le client contre une facture surprise, la facture protège l'artisan qui veut être payé. Les deux se répondent, ligne à ligne.

Que doit contenir un devis de travaux ?

Le devis de travaux est encadré par le code de la consommation. Au minimum : date de rédaction, votre nom, adresse et SIREN, identité du client, nature exacte de chaque prestation avec quantité et prix unitaire, total HT et TTC avec les taux de TVA, durée de validité, caractère gratuit ou payant du devis, références de votre assurance décennale avec les coordonnées de l'assureur, mention « EI » si vous êtes en nom propre, et depuis juillet 2021 les modalités de gestion des déchets. Le détail est dans notre guide pour faire son premier devis dans le bâtiment. Un point souvent ignoré : l'ancien seuil de 150 € sous lequel le devis était facultatif a été supprimé en 2017. C'est dès le premier euro.

Que doit contenir une facture en 2026 ?

Les mentions obligatoires viennent du code de commerce et du code général des impôts. Voici la liste à jour :

Deux échéances à connaître. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; l'obligation d'en émettre s'applique aux TPE et micro-entreprises à partir du 1er septembre 2027, franchise en base comprise. Et si vous êtes en franchise, les seuils 2026 restent à 37 500 € de prestations (41 250 € en seuil majoré) : le seuil unique de 25 000 € a été abandonné. Notre article sur la franchise en base de TVA dans le BTP détaille ce que ça change sur vos documents.

Comment passer d'un devis signé à une facture ?

Étape 1 : vérifier que le devis signé est complet

Devis daté, signé « bon pour accord », avec un échéancier de paiement écrit. S'il manque, ajoutez-le par avenant avant de commencer : c'est lui qui autorise chaque facture intermédiaire.

Étape 2 : facturer l'acompte, tout de suite

Tout acompte versé avant l'exécution doit faire l'objet d'une facture : l'administration fiscale l'impose à tout assujetti, franchise en base comprise. Émettez une facture d'acompte numérotée, qui reprend la référence du devis, le montant encaissé et, si vous collectez la TVA, la TVA correspondante (exigible à l'encaissement pour les services).

Étape 3 : facturer à l'avancement, si le devis le prévoit

Sur un chantier de plusieurs semaines, l'échéancier peut prévoir des factures de situation : à la fin d'un lot, à une date convenue ou à l'avancement mensuel. Chaque situation reprend les lignes du devis, le pourcentage réalisé par ligne, le cumul déjà facturé et le montant à payer. La facture de situation n'a pas de définition légale : c'est une pratique de chantier, valable parce que l'échéancier a été accepté.

Étape 4 : facturer le solde à la réception

Une fois les travaux réceptionnés (avec ou sans réserves), émettez la facture de solde. Elle reprend le total du devis et des avenants, déduit l'acompte et les situations déjà facturées, et affiche le reste à payer. Si une retenue de garantie a été prévue au devis (5 % maximum en marché privé), elle apparaît ici.

Étape 5 : reprendre le devis ligne à ligne, jamais en un seul montant

La facture doit correspondre au contrat, donc au devis signé. « Travaux selon devis n° 12 : 4 800 € » n'est pas une désignation détaillée au sens du code de commerce, et le client ne peut rien vérifier. Reprenez chaque ligne avec sa quantité et son prix, ajoutez les avenants acceptés, rien d'autre. Ce qui n'a pas été accepté par écrit ne se facture pas.

Étape 6 : numéroter, dater, conserver

La facture d'acompte, les situations et le solde suivent la même séquence chronologique que toutes vos autres factures, sans trou ni doublon. Le délai de paiement par défaut entre professionnels est de 30 jours ; les pénalités de retard courent au taux indiqué sur la facture, au minimum trois fois le taux d'intérêt légal. Conservez le tout dix ans.

Le réflexe qu'on voit trop souvent la première année

L'artisan qui débute encaisse l'acompte sur le devis signé, sans facture, « on régularisera à la fin ». À la fin, il émet une seule facture pour le total. L'acompte a été encaissé sans pièce justificative, la facture de solde ne le déduit pas proprement, et le client reçoit une facture qui ne correspond pas à ce qu'il a payé. En cas de contrôle ou de litige, c'est indéfendable. Le remède tient en une règle : chaque euro encaissé correspond à une facture émise avant ou au moment de l'encaissement. Les autres erreurs classiques de la première année sont du même ordre : simples à éviter, coûteuses à rattraper.

À retenir

Reprendre chaque ligne du devis dans la facture, déduire l'acompte, calculer la situation à 60 %, garder une numérotation sans trou, ne pas oublier la mention d'assurance ou la référence 293 B : à la main, c'est fastidieux, et c'est là que la séquence casse. SOCLE transforme votre devis signé en factures d'acompte, de situation et de solde à partir de l'échéancier que vous avez défini, sans ressaisie, avec les mentions obligatoires en place. Vous décidez de quoi facturer et quand, l'outil garantit la cohérence. Pour partir du bon pied, commencez par un devis solide : notre guide pour faire son premier devis dans le bâtiment.